Pourquoi les étrangers achètent moins d’immobilier en France

Les Russes ne sont pas les seuls à avoir disparu du marché immobilier français. Les étrangers, de manière générale, investissent de moins en moins dans l’Hexagone: 5,4% des transactions en 2020 contre 5,8% en 2019, selon une étude des notaires. La raison? La France a moins la cote auprès des non-résidents, ceux dont l’adresse fiscale ne se trouvait pas dans l’Hexagone au moment de la transaction immobilière. Leur part ne cesse de chuter depuis 2015.


Seulement 1,3% des acquisitions ont été réalisées par des étrangers non-résidents, en 2020. Un chiffre qui n’a jamais été aussi faible depuis 2010. Preuve de ce désamour: la part des vendeurs étrangers non-résidents est supérieure: 1,9%. «Les grèves et les gilets jaunes ont douché l’envie d’étrangers de s’installer en France. Sans compter le Covid qui a empêché les non résidents de visiter des logements», décrypte Me Thierry Delesalle, président de la commission statistiques immobilières.


Mais des raisons propres au pays d’origine des étrangers peuvent aussi expliquer ce désamour: la chute de la livre pour les Anglais, la fiscalité plus lourde pour les achats immobiliers à l’étranger pour les Italiens ou encore les sanctions économiques et financières contre les Russes. «Les Anglais sont très pragmatiques: si le contexte est trop incertain et les prix trop élevés, ils changent de destination», analyse Me Delesalle. Depuis 3-4 ans, l’Espagne est ainsi devenue leur première destination, devant la France. Voilà pourquoi même le Sud-Est, pourtant très prisé par les Anglais et les Belges, fans n°1 de la pierre française, n’échappe pas à ce désintérêt. La part des achats d’étrangers non-résidents y a chuté de 3,9% en 2019 à 3,1% en 2020.


Des biens immobiliers plus grands


Si les étrangers non-résidents sont moins friands d’immobilier français, ils sont, en revanche, de plus en plus gourmands en surface. En 10 ans, ils ont gagné 18 m² (de 77 à 95 m²), l’équivalent d’une très grande chambre. Là où la surface des Français a stagné (de 83 à 85 m²). La raison? Les étrangers non-résidents s’éloignent de plus en plus des centres-villes pour s’installer en périphérie et acquérir des biens plus spacieux et disposant d’espaces extérieurs. Les Français aussi, objecterez-vous. Mais les étrangers disposent d’un budget médian souvent plus élevé que les acquéreurs hexagonaux. «La moitié des chalets à Morzine sont détenus par les Britanniques», précise Thierry Delesalle.

Quid des destinations préférées des étrangers? On pense immédiatement au sud de la France. Eh bien non! Pas en tête en tout cas. C’est la Creuse qui décroche la première place devant le Lot, la Dordogne et, seulement 4e, les Alpes-Maritimes (voir ci-dessous). Et le profil de ces acquéreurs? Ce sont des «quinquas» (32%), cadres supérieurs (33%) qui conservent leurs biens au moins 15 ans. Bref, la France a moins la cote auprès des étrangers. Mais, pour ceux qui l’aiment encore, c’est une histoire d’amour qui dure.